Le guerrilla testing ou comment tester son produit à moindre coût

Le guerrilla testing ou comment tester son produit à moindre coût

Dans le cadre d’une de mes missions, nous avions pour objectif de lancer une application mobile dédiée à l’E-santé. Le produit étant considéré comme disruptif par rapport à la stratégie habituelle de l’entreprise, la sortie du “MVP” (Minimum Viable Product) a été programmée très rapidement afin de valider le concept auprès des utilisateurs.

Dans les activités de “Product Discovery”, nous avions modélisé nos personas afin d’identifier nos cibles et leurs besoins. Ces personnes fictives, définies sur la base d’études de marché, aident à appréhender les besoins des utilisateurs et nous ont été indispensables pour la construction du “Backlog” produit. Cependant, nos personas ne pouvant pas nous faire de “feedback” sur nos choix, nous ressentions le besoin de mettre nos idées et nos versions de tests entre les mains de nos utilisateurs potentiels. Mais l’organisation de tests utilisateurs dans les règles de l’art par un organisme spécialisé s’est très vite avérée coûteuse et trop longue à planifier. Le guerrilla testing ou comment tester son produit à moindre coût

Qu’est-ce que le “Guerrilla Testing” ?

Il s’agit d’une méthode de test à bas coût où l’on vise à valider le plus rapidement et efficacement possible un concept, un parcours utilisateur, ou encore l’utilisabilité d’une fonctionnalité. Le terme « guerrilla » fait référence à l’aspect « sauvage » avec lequel les tests peuvent être réalisés puisque l’on peut aller chercher des testeurs dans les cafés, les stations de métro ou tout endroit pertinent où nos cibles sont susceptibles de se trouver.

Comment réaliser un “Guerrilla testing” ?

Ce n’est pas parce qu’il s’agit de tests sauvages qu’il ne faut pas un minimum de préparation.

Nous avons alors :

  • bien identifié notre cible (âge moyen, possession d’un smartphone, utilisation d’objets connectés liés à la santé …)
  • défini ce que nous voulions tester (scénarios, hypothèses, critères de validation…)
  • préparé notre matériel de test (prototype, croquis, maquettes, smartphone pour les tests…)
  • préparé un questionnaire (questions ouvertes, fermées…)
  • défini le matériel dont nous avions besoin pour enregistrer les interviews (go pro, webcam d’ordinateur…)
  • défini le(s) lieu(x) où nous allions opérer
  • défini le mode opératoire (demande des permissions, remerciements…)

Dans notre cas, nous avions la chance d’être dans un grand groupe avec un très grand nombre de collaborateurs aux profils variés. Nous avions donc l’embarras du choix pour trouver des personnes compatibles avec nos profils types tout en ayant bien conscience du potentiel biais lié au fait d’appartenir à la même entreprise. C’est pourquoi nous nous sommes efforcés à sélectionner des testeurs objectifs désireux de dire le fond de leur pensée. En plus d’être enthousiastes à tester, nous pensions que nos collègues pouvaient devenir par la suite nos meilleurs ambassadeurs lors du lancement du produit.

Nous avons réalisé plusieurs sessions de tests avec un faible nombre de participants (5 personnes), chaque session ayant des objectifs liés aux idées que nous souhaitions tester et aux fonctionnalités qui avait été développées. Durant les tests, nous nous sommes assurés de l’autonomie des testeurs dans l’utilisation de notre produit afin de ne pas orienter leurs réponses. Nous les laissions parcourir notre application de test et n’intervenions que pour poursuivre les scénarios de test.

Quand réaliser un “Guerrilla test” ?

La réponse est simple : tout le temps et dès qu’on le peut. Il est possible d’effectuer des tests dès le stade de l’idée ou du concept, mais nous avions choisi de tester l’ensemble des fonctionnalités de notre “MVP” dans un prototype. A l’aide de “wireframes” puis de maquettes, nous pouvions déjà confronter notre vision produit et l’expérience utilisateur envisagée à notre cible. En testant un prototype, nous avons eu l’occasion de faire des réajustements avant même d’avoir consommé notre budget de développement. A quoi bon développer une fonctionnalité si elle n’est finalement pas comprise, ou pas utilisée du tout ?

Puis nous avons mis en place une stratégie de test tout au long des développements, en alignant les sessions de tests sur les itérations. Au fur et à mesure des tests, nous avons pu détecter les blocages dans l’expérience utilisateur et, entre autres, le fait que des conseils de santé non contextualisés avaient peu de valeur.  

Que vous apporte les “Guerrilla testing”?

Comme évoqué jusque-là, nous avons choisi d’utiliser la méthode du “Guerrilla test” car elle se prêtait bien à notre contexte où nous manquions de temps et de budget. Outre cela, l’adoption d’une vision produit centrée sur les besoins des utilisateurs finaux n’était pas toujours intuitive pour les parties prenantes et décisionnaires de l’équipe. La priorisation du Product Backlog se faisant sur la base d’un compromis entre la valeur utilisateur, la valeur métier et la complexité de développement, les tests utilisateurs itératifs ont permis « d’écouter » la voix de l’utilisateur final et de faire valoir sa vision aux plus récalcitrants. Après avoir analysé les résultats, nous les apportions en comité de pilotage. Preuves à l’appui, il était alors plus simple de faire adhérer l’ensemble des parties prenantes à la vision du produit.

Cette méthode des “Guerrilla tests” s’est avérée efficace pour récolter des retours utilisateurs tout au long des développements bien qu’elle ne soit pas des plus robustes statistiquement et que les personnes choisies ne sont pas toujours exactement dans la cible. Les “Guerrilla tests” peuvent être mis en œuvre de différentes manières, reste à choisir l’approche qui convient le mieux à votre produit et votre contexte. Alors quelle est la votre ?

(crédit photo)

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